Commodore
1953-1975 : A la recherche d'un marché

Jack Tramiel
Pour bien comprendre ce que sera l'histoire de Commodore jusqu'en 1984, il faut revenir quelque peu sur quelques éléments biographiques de son fondateur. De son vrai nom Idek Tramielski, Jack Tramiel naît à Lódz en Pologne en 1927 et a 12 ans quand les troupes de la Wehrmacht envahissent son pays. Déporté avec sa famille à Auschwitz où il est brièvement examiné par le docteur Mengele, il perd son père et est un des rares survivants des 200 000 Juifs de sa ville natale quand les soldats Américains les libèrent en 1945. Sans aucun doute faut il voir dans cette expérience un des éléments qui feront de cet homme un des plus redoutables businessmen du monde informatique : fondateur de Commodore il dirigera ensuite Atari pendant une dizaine d'années. "Business is war" (Le business, c'est la guerre) sera son moto, resté bien connu.
Après deux ans d'errance en Allemagne, il émigre pour les Etats-Unis en 1948 où il intègre l'Armée Américaine. Il y démontre de grandes aptitudes à réparer les appareils mécaniques, et particulièrement les machines à écrire. Cet élément, si trivial qu'il puisse paraître, déterminera son avenir.
Suite à son service de 4 ans dans l'Armée, Tramiel accepte un travail de réparateur de machines de bureau avant de le quitter et de fonder sa propre entreprise (dans le même domaine) dans le Bronx en 1953 avec un ami, Manny Kapp : Commodore Portable Typewriter. Entre temps, il obtient la nationalité Américaine. Les temps sont pourtant durs et ce n'est pas sa petite entreprise de réparation qui lui permet de nourrir sa famille, aussi doit-il cumuler à ses occupations le travail de chauffeur de taxi la nuit. Il réussit néanmoins à obtenir un contrat d'exclusivité avec l'Université de Fordham et se sert de ses contacts à l'Armée qui permettent de maintenir l'entreprise à flot.
Mais s'offre l'opportunité de récupérer et de recycler des pièces usagées que saisit rapidement Tramiel. A partir de ces pièces il réassemble et revend des machines à écrire à peu de frais. Son ambition ne s'arrête pas là : la prochaine étape doit passer par l'importation de machines à écrire Olivetti. Seul problème, les règles d'importation américaines, extrêmement restrictives car les Etats Unis font alors preuve de protectionnisme.
L'entreprise ne peut dès lors plus être hébergée ici et Jack Tramiel déménage à Toronto, au Canada, en 1955 où est fondée Commodore International en 1959. L'entreprise peut dès lors s'étendre sur le marché des machines à écrire, d'abord grâce au contrat d'importation avec Olivetti puis avec un juteux contrat de sous-traitance avec une entreprise basée en Tchécoslovaquie. L'argent aidant, Commodore commence à produire ses propres machines après le rachat d'une usine à Berlin.
La progression permet à Commodore d'entrer en bourse en 1962, avec une action débutant à 2,5$ et plus tard de devenir l'un des principaux acteurs de son marché. Le siège à Toronto est renommé CBM (Commodore Business Machines), nom qu'il conservera jusqu'à sa chute, et Jack Tramiel en est naturellement le Président. Morgan Powell, Président de la banque Atlantic Acceptance qui a prêté 5 millions de dollars à Commodore, en est le Président du Conseil d'Administration. Au niveau international, Commodore est connu sous le nom Commodore International Limited.

Irving Gould
Cette expansion a pourtant un prix et les dettes contractées par Jack Tramiel se ressentent lourdement. En 1966 éclate le scandale Atlantic Acceptance, dans lequel Morgan Powell est le premier inculpé, pour "actes de rapacité" et manipulations frauduleuses. Logiquement, la commission d'enquête s'intéresse à Commodore. La mort de Morgan Powell d'une leucémie mettra un coup d'arrêt à l'enquête mais cette affaire laisse à Commodore une publicité dont elle se serait bien passée. C'est Irving Gould, un juriste et financier Canadien qui va sauver la mise en renflouant l'entreprise de 400 000 $ en échange du poste occupé précédemment par Powell et de 17% des parts. Ce personnage aura, on le verra, une importance décisive dans l'avenir.
Un problème arrivant rarement seul, le marché des machines à écrire devient de plus en plus difficile à la fin des années 60 et le marché Nord-Américain se voit inondé par la production japonaise, nettement moins chère... Sur les conseils d'Irving Gould, Jack Tramiel se rend au Japon dans le but de s'inspirer de leur méthode de travail. Il y découvre un nouveau produit...
De retour, Tramiel signe un contrat avec Texas Instrument qui lui fournit dès lors des puces électroniques : en 1969, Commodore est la première entreprise proposant la machine à calculer électronique sur le sol Américain avec la C108. Même si elles valent alors plus de 100$, cela ne les empêche pas de se vendre comme des petits pains. En 1974, la gamme s'étend aux calculatrices scientifiques et aux machines programmables. Commodore récolte donc les fruits de l'innovation et la fortune lui semble acquise... Oui mais... Oui mais se passe en 1975 un événement plus que facheux : TI se décide à se lancer sur le marché des calculatrices (avec le succès que l'on sait)! Nouvelle catastrophique pour Commodore qui doit désormais affronter son propre fournisseur sans pouvoir rompre le contrat! Il s'avère que TI a la capacité de vendre ses calculatrices moins cher que ce que cela coûte à Commodore pour les produire... Les résultats ne se font pas attendre.

La CBM C108

La CBM 217

La CBM 412
Le prix des puces tombant de 12$ à 1$, Commodore voit s'entasser dans ses hangars des calculatrices invendables car trop chères, même à prix coûtant. L'année 1975 qui se cloture par 5 millions de dollars de perte (sur un chiffre d'affaire de 60 millions de dollars) laisse entrevoir la situation critique d'une firme toujours lourdement endettée...
Crédits pour les images :
- http://www.commodore.ca
- http://amiga.emugaming.com
- http://www.vintagecalculators.com


